
Quand une voix demande à l’homme de quitter le visible pour marcher vers l’invisible
« YHVH dit à Abram : Va-t’en de ton pays, de ta patrie et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. »
— Genèse 12:1
Dans l’histoire spirituelle de l’humanité, peu de phrases ont eu une portée aussi immense que cet appel adressé à Abram. Aucun plan ne lui est donné. Aucun itinéraire. Aucun royaume visible à conquérir. Seulement une voix — et une promesse.
Cette peinture, L’Appel d’Abraham, cherche à représenter ce moment invisible où l’existence humaine bascule. L’instant où un homme comprend que rester serait une forme de mort, et que partir devient un acte de foi.
Au centre de l’œuvre, une silhouette solitaire se tient entre deux mondes. À gauche, les teintes de feu, d’ocre et de lumière évoquent la présence divine, la révélation, le souffle vivant de YHVH. À droite, les profondeurs bleutées et violettes rappellent l’inconnu, le silence, le désert intérieur que toute vocation véritable exige de traverser. Abraham ne marche pas encore. Il écoute. Toute la peinture repose sur cet instant suspendu.
Cette œuvre n’est pas seulement une illustration biblique. Elle parle de chaque être humain appelé à quitter quelque chose : une sécurité, une identité ancienne, une terre intérieure devenue trop étroite. Abraham devient ici le symbole universel du marcheur spirituel.
Le contraste entre la lumière verticale et les formes fluides autour de la figure centrale évoque également le mystère du Nom divin révélé plus tard à Moïse : EHIEH … EHIEH — « JE SUIS … JE SUIS » (Exode 3:14). Avant même l’alliance, avant Isaac, avant Israël, avant les nations, il y avait déjà cette Présence éternelle qui appelle l’homme hors de lui-même.
L’Évangile selon Jean reprend ce mystère lorsque Jésus* déclare :
« Avant qu’Abraham fût, JE SUIS. »
— Jean 8:58
Ainsi, cette peinture ne parle pas seulement d’un départ géographique. Elle parle de la rencontre entre le temps humain et l’éternité divine. Abraham entend une voix qui le dépasse, une voix qui existait avant lui et qui continuera après lui.
Le cadre Ndap qui entoure l’œuvre appartient à la tradition royale bamiléké des hauts plateaux du Cameroun. Ses motifs géométriques sacrés — losanges, rosaces, croix et cercles — ne sont pas de simples ornements. Ils représentent la continuité entre les générations, la mémoire ancestrale et la dignité spirituelle. En encadrant Abraham avec ce tissu royal africain, l’œuvre affirme discrètement que la promesse faite au patriarche traverse les peuples, les langues et les continents.
« En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »
— Genèse 12:3
Les Bamiléké font partie de ces familles.
Cette peinture ouvre la collection parce qu’elle ouvre aussi toute l’histoire biblique : une voix appelle, un homme répond, et l’humanité entière commence à marcher avec lui.
Mais il existe un autre mystère : Abraham ne connaît pas encore le nom complet de Celui qui l’appelle. Comme souvent dans la vie spirituelle, l’homme marche d’abord, puis comprend plus tard. La révélation précède l’explication.
C’est pourquoi cette œuvre demeure profondément contemporaine. Beaucoup aujourd’hui vivent comme Abraham : appelés sans comprendre totalement, conduits sans carte, soutenus uniquement par une lumière intérieure difficile à expliquer aux autres. More…
Et pourtant, ils marchent.
Peut-être est-ce cela, finalement, la foi d’Abraham : continuer à avancer vers une terre que seul YHVH (YEVEUH) peut voir avant nous.
- * Yeshuah en hébreu